La crise s'était invitée ce soir-là à L'Epicerie Moderne . En effet , une bonne partie des gradins était occupée par des ouvriers de Caterpilar . Cadeau du patronat pour faire passer la pilule des licenciements massifs ou initiative de la CGT afin de donner un peu de réconfort à ceux qui subissent de plein fouet les excès du capitalisme ? Nous ne le saurons jamais , mais il était plutôt agréable de ne pas se sentir trop vieux au concert grâce à ces quinquagénaires venus en nombre .
Benoît me rappelait que j'étais plus proche de ces quinquas que de la toute jeune Laura Marling qui assurait la première partie du concert d'Andrew Bird lorsque j'ai vu apparaître à ma plus grande surprise et pour ma plus grande joie La Buze . Ce dernier m'a aussitôt traîné de force au bar où il m' a obligé à boire une bière que je n'ai pu refuser ( serait-il jaloux de ma silhouette filiforme et voulait-il en agissant ainsi s'en prendre à cette ligne qui intrigue tant ceux qui me connaissent et me surnomment « le Dorian Gray de la blogosphère » ? J'en ai bien l'impression ).
Alors que je résistais aux assauts de La Buze qui tentait de m'arracher les secrets de mon régime alimentaire , J-P est venu nous rappeler à l'ordre afin que nous ne rations pas le début de la prestation de Laura Marling .
Une petite jeune bien sympathique au physique assez imprécis :assez proche de Dragon Ball Z quand elle baissait la tête et quasi sosie de Marie Antoinette quand elle fixait le vide pendant ses chansons . Des chansons par ailleurs pas désagréables mais peut-être un peu monotones tout de même . N’est pas Nico qui veut . Et puis d’ailleurs , à moins de vouloir faire peur aux enfants ( et , de façon plus générale , aux auditeurs) , quel intérêt à être Nico ? Il vaut mieux viser la succession de Diane Cluck , à la limite . Mais c’est pas facile …
Quand Andrew Bird entre en scène , Benoît pointe aussitôt la problématique liée aux prestations de ce dernier : est-on au concert ou au spectacle ? A-t-on affaire à un artiste sensible ou à un virtuose en pleine démonstration de l’étendue de sa maîtrise technique ? ( La Buze , alors qu’il me forçait à boire des bières , évoquait cette possible dérive vers un numéro de « singe savant » ). Au bout de trois ou quatre morceaux , Benoît tenait sa réponse : Andrew Bird est un excellent instrumentsiste , mais ce n’ets pas de sa faute et il arrive même plutôt aisément à faire oublier cette tare .
En ce qui me concerne j’ai été presque déçu par la prestation de ce soir , jusqu’à ce que J-P me fasse remarquer que ma « déception » tenait à ce que l’effet de surprise ( cf le concert de l’an dernier ) était passé ainsi qu’à une set list un peu moyenne …
Et puis il y a eu cette version de « a nonanimal » , avec cette partie de saxo improbable … Une version incroyable qui donne raison à Hugo Casavetti qui , dans sa chronique du dernier album, disait que si celui-ci était dans l’ensemble plutôt inégal , quand Andrew Bird se lâchait ( son problème , d’après moi ) il laissait loin derrière lui ( très , très loin , même ) les autres .

daniel
lun 11 mai 2009 13:16